29/06/2012

Aung San Suu Kyi "Une icône ne peut pas rester de marbre"

Depuis 15 jours, sa silhouette gracile impose le respect à chacune de ses apparitions en Europe. Hier devant plus d'un millier d'étudiants réunis à la Sorbonne, Aung Sang Suu Kii a répondu aux questions concernant les défis qui l'attendent à son retour en Birmanie.

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L'ovation a duré presque 10 minutes, un flot ininterrompu d'applaudissements et une émotion palpable dans l'assemblée lorsque sur la scène du Grand amphithéâtre de la Sorbonne est apparue l'icône, l'espoir de tout un peuple, l'opposante birmane qui a passé les 20 dernières années en détention. Libérée depuis deux ans, elle a été élue au Parlement birman à la faveur d'élections législatives cette année.

La tenue de ces élections et la libération d'Aung Sang Suu Kii sont les premiers signes d'ouverture de la part du régime militaire qui ne peut ignorer que la Birmanie prend la tête de l'ASEAN en 2014. 
Pour sa première sortie en dehors de la Birmanie depuis 20 ans Aung Sang Suu Kii a entamé une tournée triomphale de deux semaines qui l'a menée de Bangkok à Oslo en passant par Londres et Paris, ou elle répondait hier aux questions des étudiants.

Dans son discours de bienvenue, le Recteur de Paris rappelle que la venue du Prix Nobel de la Paix à la Sorbonne fait partie de ces célébrations "qui font battre le coeur de la patrie des Droits de l'homme" au même titre que l'accueil de Nelson Mandela en 1996. Le ton est donné. 

"Comment avez vous tenu pendant toutes ces années de détention ?" La question revient sans cesse. Aujourd'hui elle répond que c'est grâce à sa curiosité intellectuelle, que c'est parce que son esprit était libre de penser qu'elle ne s'est jamais sentie enfermée. Et qu'elle n'en veut à personne.  "Je n'ai pas été plus mal traitée que les autres, tant de birmans ont été emprisonnés" Personne ne doit être puni, nous devons marcher tous ensemble vers l'avenir, dans une attitude de réconciliation dit en substance "la Dame" qui prend en exemple la fin de l'Apartheid en Afrique du Sud.

Digne, ferme et douce, Aung San Suu Kii se prête de bonne grâce à l'exercice de questions/réponses face aux étudiants, martelant ce qu'elle ne cesse de répéter depuis le début de sa tournée en Europe.
Interrogé sur son statut d'icône, elle répond dans un demi sourire : "Une icône ne peut pas rester de marbre", en mimant la scène!

Puis elle insiste sur la nécessité de développer le système scolaire , le système de santé, le plus rapidement possible. Elle appelle à des investissements immédiats de la part des entreprise, rappelant que le secteur minier ou le tourisme offrent de belles opportunités dans son pays.

A condition toutefois de faire très attention à qui profitent ces investissements, et où va l'argent. La transparence doit être de mise. La démocratie exige des compromis reconnait elle, mais sur les principes : Jamais.

Interpellée sur le sort des Roinga, ces apatrides musulmans persécutés par l'armée dans l'Est du Pays, elle rappelle que face aux défis culturels et religieux (la Birmanie compte plus d'une centaine d'ethnies différentes) elle préconise l'Etat de droit ( the Rule of Law) "La constitution doit être acceptable pour tout le monde".

Et c'est sous un tonnerre d'applaudissements qu'elle quitte la salle, non sans avoir fait monter sur scène la jeune fille du troisième rang qui n'avait pas pu poser sa question.

Commentaires

Merci pour cet article, toujours aussi bien écrit et clair, on sent que le moment était historique et qu'il fallait y être, heureusement que vous étiez là pour nous le faire partager.
Je vous suis depuis quelque temps, continuez avec de tels sujets et avec un tel traitement, on aurait apprécié une interview de la Dame de Birmanie mais ça ne doit pas être simple à obtenir. :-)

Écrit par : Johan | 30/06/2012

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