13/07/2012
Prisonniers de "l'antichambre de l'Europe" 1/2
Impossible d'avancer, impossible de reculer. Les conditions de vie des migrants sub sahariens qui attendent au Maroc d'embarquer pour l'Europe sont à la limite du supportable. Et pourtant.
Oujda, Maroc : Pour les migrants, c'est la dernière étape, une des pointes septentrionales de l'Afrique, d'ou ils espèrent embarquer pour l'Europe. Seulement de part et d'autre de la Mediterranée, les autorités ne l'entendent pas de cette oreille : Surveillance radar, patrouilles aériennes et navales, l'Europe déploie les grands moyens pour boucler ses frontières. Les pays nord africains dont le Maroc, sont sommés eux, delimiter l'afflux de migrants illégaux, en échange d’un soutien financier.

Le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies estime que 20 à 40% seulement des arrivants de l'année 2009 ont réussi à gagner l'Europe depuis le Maroc. Et ce chiffre va en s'atténuant. Voyant leur horizon se boucher, les migrants marquent un temps d'arrêt en arrivant au Maroc, au terme d'un périple de 15.000 km depuis l'Afrique sub saharienne. D'autant que la traversée, organisée illégalement bien sûr, coûte dans les 1.500 euros. "Si j'avais cet argent, je rentrerais chez moi, ou bien j'essaierais de faire quelque chose ici! pas besoin d'aller mourir en mer" s'exclame un migrant rencontré à Oujda.
Seulement pour les migrants, impossible de se fixer au Maroc. Harcelés, montrés du doigt, interdits de travail, réduits à la mendicité, ils sont régulièrement arrêtés et reconduits à la frontière entre le Maroc et l'Algérie, à l'Est, non loin de la ville d'Oujda. Et ce, au mépris des lois marocaines, qui protègent théoriquement les femmes et les mineurs non accompagnés, même s'ils séjournent illégalement sur le territoire. Or ces derniers figurent bien souvent parmi les personnes "éloignées" par les forces de l'ordre et abandonnées en plein désert, accusent les associations de défense des droits de l'homme. Au même titre que les réfugiés, dont le statut, octroyé par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, stipule qu'ils ne doivent pas être inquiétés là où ils se trouvent. Leur refoulement constitue donc une violation de la Convention de Genève de 1951, pourtant ratifiée par le Royaume du Maroc dès 1957. Contactées, les autorités n'ont pas souhaité réagir.
Campements de fortune
A quelques kilomètres de la frontière entre le Maroc et l'Algérie (officiellement fermée) se trouve la ville d'Oujda. On la rejoint à pied par la route. C'est là qu'échouent les migrants refoulés à la frontière. Là, du côté de l'Université Mohamed 1er, que nous les avons rencontrés. Du fait de leur âge (majoritairement entre 21 et 30 ans) et même de leur couleur de peau (beaucoup d'étudiants viennent également d'Afrique sub-saharienne) les migrants peuvent espérer se fondre parmi la population estudiantine.

Entre les bâtiments de salles de cours et la Cité Universitaire, disposées tout autour de ce qui fut visiblement un terrain de foot, se dressent des tentes de fortune, en fait des bâches tendues au bout de bâtons. Le terrain est irrégulier, poussiéreux et jonché de détritus. La population du campement semble clairsemée. C'est, nous explique-t-on à l'ombre de l'un des rares arbres chétifs, que la police opère régulièrement des rafles au cours desquelles elle rase au sol le campement, y met le feu, et emporte avec elle les vêtements la nourriture et même les ustensiles de cuisine!
Les étudiants ne voient pas d'un très bon oeil le fait que la police pénètre dans l'enceinte de l'Université. Alors celle ci intervient très tôt le matin, ou au moment des vacances scolaires, quand l'Université est déserte. Depuis le 25 décembre 2011, le rythme s'est considérablement accéléré : les rafles sont quasi quotidiennes. "Je suis fatigué" confie un migrant. "Je dors dehors depuis deux ans, suis refoulé sans arrêt. Regardes les cernes qui creusent mon visage, je suis amaigri, je n'étais pas comme ça avant!"
"Vulnérables"
Plus didactique, un autre explique : "si tu dors bien, et si tu manges bien, alors tu réfléchis posément. Mais là nous sommes privés des deux! Il y a de quoi devenir fou." Et c'est en effet le cas pour certains d'entre eux. "Depuis que les rafles ont commencé, leur santé se détériore plus vite, ils sont très anxieux" confirme Médecins sans Frontières (MSF) qui travaille auprès des migrants à Oujda et aussi à Nador, à deux heures de là. En témoigne le succès inattendu de sa cellule "santé mentale". "La file s'allonge devant la clinique mobile" témoignent les membres de l'ONG.
Les migrants sont soignés pour des fractures aux bras aux jambes. D'après leur récit ces blessures sont soient infligées par la police, soient surviennent alors qu'ils fuient celle-ci. MSF vient également en aide aux femmes enceintes, qui vivent dans la même promiscuité, dans des conditions d'hygiène déplorables, avec des enfants en bas âge. Les femmes représentent environ 10% de la population des migrants à Oujda et environ 20% d'entre elles sont enceintes.
Dans le jargon des ONG et des organisations internationales, les populations aux conditions de vie insoutenables sont dites pudiquement "vulnérables". Dans ce cas-ci le terme semble bien en deçà de la réalité.
Rentrer au pays? Le tabou commence à tomber. Mais rentrer bredouille de ce voyage initiatique, dans lequel on a tant investi, reste synonyme d'échec. D'abord au vu des sommes déboursées, et bien souvent empruntées, qu'on aura du mal à rembourser. Mais aussi parce que cela signifie décevoir les espoirs de sa famille et de ses proches, et retrouver toujours aussi peu de perspectives de retour chez soi. Pendant un temps, l'Organisation Internationale des Migrations (OIM) a favorisé les rapatriements volontaires, avec la clé, un petit pécule, de quoi monter une petite entreprise de retour au pays. Mais faute de fonds, le programme s'est arrêté et ne devrait pas reprendre avant le mois d'octobre au mieux.
Alors les migrants attendent, des années durant, dans les conditions décrites plus haut. Ils s'arment de patience et d'espoir. La psychologue de MSF n'en revient pas : "Je ne sais pas ou ils puisent leur force, leur énergie mais ils ont toujours l'espoir, ils m'impressionnent ils sont très résilients".
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Commentaires
je vous encourage mais pourquoi vous n avez pas signaler M Charles le rôle des associations des droits humains à Oujda?
Écrit par : ammari hassane | 18/07/2012
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